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  • : La formule politico usu insolente implique une vision idiosyncratique détestable de l'espèce humaine. A travers les différents thèmes abordés lors des relations écrites que je popose, je souhaite un échange d'idées et d'analyses sur les fais de société.
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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 10:43
Salves,

L’état de santé sociale de la France, tout comme celui de la plupart des pays européens, demeure préoccupant pour les catégories besogneuses. Depuis une trentaine d’années, curieusement sous le double septennat socialiste, la fracture sociale ne cesse de s’accroître. La pauvreté s’étale au prorata des richesses engrangées par les possédants. L’existence devenue surréaliste pour les travailleurs lambda ne procède que par la rigueur budgétaire, des salaires de la honte, des contraintes difficiles, de la pénibilité et de l’horreur du chômage. Depuis les années quatre-vingt, l’arrogance patronale reste de mise, le pouvoir d’achat stagne, voire s’effrite, tandis que la vie s’écoule douloureusement, toujours plus incertaine, instable, laborieuse et, souvent, insupportable. S’il demeure exact de faire porter cette désocialisation au patronat, l’implication du pouvoir politique est tout autant responsable. Les premiers en créant l’artificialité d’une mondialisation économique qui s’abreuve dans la tourmente imposée aux travailleurs de la planète par la dérégulation du code du travail et de l’éthique. Les emplois à mi-temps, à tiers-temps, la productivité dominante, les délocalisations, facteurs de drames terrifiants pour les licenciés sont devenus le parangon d’une société à plusieurs vitesses où l’opulence éhontée accable les miséreux dans la turpitude et le déclin social. Obsédé que je suis par les apophtegmes de Juvénal - et d'autres encore - cette circonvolution, trop liée, autour de ce thème ne peut être omise.

 

Heureusement, il y a le foot. Tous les quatre ans, les dieux du football garantissent un mois de tranquillité planétaire aux différents gouvernements, dont le nôtre. Aux quatre coins de l’Hexagone, aux seins de certaines entreprises, de plus en plus de bistrots qui, consommation oblige, proposent la retransmission des matchs sur des écrans géants ; ainsi que dans la plupart des chaumières, la France cocardière s’émeut, se lamente, trépigne, exulte, ironise ou s’extasie aux confins d’émotions souvent insoutenables. Des millions de gens de toutes catégories se rassemblent, s’unissent, braillent, vocifèrent, se répandent en joie exacerbée ou en larmes incontrôlées. C’est selon ! Par millions, le peuple se regroupe, s’unit jusqu’à l’osmose. La nation demeure les yeux rivés sur la télévision où sourdent les superlatifs des commentateurs experts en communication. Le hourvari et l'anathème pour l'adversaire, le recueillement, les hourras et le don de soi pour « son » équipe. Les flashs crépitent, les Unes en font leurs choux gras, les chaînes se déchaînent, les émissions spéciales se multiplient, la parole est donnée aux footeux analphabétisés. Quant aux rediffusions, elles fleurissent à longueur d’ondes hertziennes et câblées !

Les intéressés se délectent, face à une telle profusion d’images et de son, bien calés devant leur fidèle téléviseur haute définition. Ils s’abreuvent d’infos, revoient en boucle les documents importants, les fautes, les penalties et autres coups francs, à quelle minute de jeu le numéro 7 s'est gratté le fondement, le nombre de crachats répandus sur le gazon, mais également les trop nombreuses simulations rarement sanctionnées – c’est du foot, merde – ou bien encore les hors-jeu non signalés ou évidents… Selon que l’on soit dans un camp ou dans l’autre, les intérêts divergents, les témoignages et les explications suivent des voies profitables pour les deux camps. Là, dans une pagaille indescriptible, assenés de lazzis, de rodomontades et de frustrations, de hurlements, de colère et d’irritation, voire d’agressions verbales et physiques (voir l'actualité, en effet), les modèles du respect et de l’entente cordiale font tout ce qu’ils peuvent pour vaincre. Et oui ! Regardons ces pseudos supporteurs complètement avinés, puant l’anis, le vin ou la bière, voir emplis de substances opiacées, la barre à mine, le couteau (à quand le C4 autour de la ceinture) ou la batte de base-ball sous le blouson, les yeux remplis de haine et de dénégation contre le camp d’en face, toujours prêts à en découdre, jusqu’à la mort. De véritables barbares conditionnés tel un plasma pustulaire, à l’arrogance inepte, à une médiocrité sans limite. Le tout, sous le regard amusé de nos élites. Au moins, ces derniers connaissent la tranquillité. En détournant les citoyens des vrais enjeux de notre quotidien, cette guerre larvée (le foot, les JO…) demeure une aubaine pour les politicards.

 

Dans notre monde moderne les perdants n’ont pas leur place. Dès lors qu’en est-il des valeurs moralisantes distillées par les caciques de l’hypocrisie et de la malhonnêteté ? Afin d’asseoir la victoire coûte que coûte, que penser des artificieux entraîneurs, des présidents âpres aux gains, des communicants moulés dans le manichéisme fétide ? Qu’en est-il de cette boue pestilentielle jetée sur la plèbe complaisante puisque complice jusqu’à l’hérésie, la déification, la glose dithyrambique ? Le respect de l’autre, vaste vœu pieu. Panem et circenses. Comment ne pas interpréter cet aphorisme juvénalien comme l’ingrédient principal d’une société lobotomisée, en perte de véritables valeurs humanistiques, offert par des gouvernements empêtrés dans leur incapacité à relever les défis réels de la société, mais également soucieux de préserver une aura régalienne, notamment celle qui permet l’acquisition du prestige, de la puissance et de l’aisance matérielle ? Déjà tout petits, les gamins apprennent à utiliser la triche footballistique, poussés en cela par les spécialistes de la victoire à tout prix. Le pouvoir politico-médiatico-financier, celui qui réunit en son sein l’élite mondiale, peut continuer à narguer la plèbe, à dominer le troupeau grégaire, à pérenniser sa suffisance. Quant aux autres, les miséreux, les chômeurs, les allocataires de prestations sociales, les gosses non rémunérés que les entreprises utilisent depuis des années et tous les bâtards planétaires dont le seul intérêt existentiel procède aux usages que peuvent en effectuer les exploitants de tout ordre, qu’en dire. Il est vrai que ces esprits prostrés devant les lobbyings ne méritent aucune reconnaissance. Certains spécialistes de la psychanalyse et de la sociologie se répandent sur ces agissements d'une société montrée comme exemplaire et libre. Ahurissant de sous-médiocrité !

Un jour prochain, quelques contemplateurs se pencheront sur une réalité aussi comique que sordide : comment les crèves-la faim peuvent-ils, de la sorte, glorifier les milliardaires du ballon rond et les porter sur les fonds baptismaux d’un déisme primaire ? Serait-ce un réflexe de la contemplation pavlovienne ? Enfin, concernant les violences, les bagarres et les meurtres, comment voulez-vous attendre autre chose de ses millions de décérébrés dont l’horizon événementiel s’arrête à la réussite ou à l’échec d’un vulgaire coup de pied dans une sphère de cuir gonflée ? La haine de l'autre demeure leur raison d'être.

B.


Par Bernard - Publié dans : politico.usu.insolente
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