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  • : La formule politico usu insolente implique une vision idiosyncratique détestable de l'espèce humaine. A travers les différents thèmes abordés lors des relations écrites que je popose, je souhaite un échange d'idées et d'analyses sur les fais de société.
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Jeudi 29 mars 2007
Le mot travail, du latin trepalium, cet engin de torture utilisé par nos amis Grecs et Romains qui s'évertuaient à pendre, torturer et empaler allègrement trois suppliciés en même temps, demeure le Saint-Grall sarkoziste. Travailler plus pour gagner plus, voici le nouvel leitmotiv d'un type qui reste épargné du labeur, de la pénibilité et de l'humilliation des conditions de vie de millions de médiocres salariés. Quant aux grilles indiciaires  allouées par la dictature patronale, ce théâtraliste, grand ami  de la plupart des patrons millionnaires du CAC 40, en ignore complètement les injustices, les opprobes et les rancoeurs subies comme une infamie par la France d'en bas chère au sieur Raffarin.
Hélas, ce tribun rhétoricien n'est pas le seul des candidats à l'élection présidentielle à rester dans l'incapacité à concourir afin d'apporter des améliorations souhaitées à l'existence même des salariés. Bayrou, Le Pen, Royal sont également assujettis aux dictats de la haute finance.
Comme 44 millions d'inscrits, il me faut me prononcer le 22 avril pour élire l'accédant au trône élyséen. Aucun des membres de ce quatuor n'infléchira une amélioration significative au monde prolétarien. Les vainqueurs s'enrichiront, les pauvres s'appauvriront, l'arrogance patronale se pérennisera, les salaires resteront à l'état de pourboires et les fins de mois demeureront difficiles. Ouf! Pourvu que ça dure...
Par Bernard - Publié dans : politico.usu.insolente
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Jeudi 1 février 2007
Sans doute valétudinaire neuronal et défaillant analytique, car je ne comprends pas la tartuferie offerte au prolétariat  par l'élite intellectuelle de ce pays. En effet,  le sieur Sarkozy entouré de ses thuriféraires n'a d'autre leitmotiv que de relancer son fameux: "il faut travailler plus pour gagner plus".
Par Bernard - Publié dans : politico.usu.insolente
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Dimanche 15 octobre 2006

RETOUR DE FLAMME.

 

Ah ! le sacripant. Ah ! l'amateur rompu au sacrilège. C'est ainsi que j'apparais aux regards courroucés d'une hiérarchie sourcilleuse dans ses principes dominants, et soucieuse de ses apparats privilégiés. Comment médisent les caciques, comment laisse-t-on cet insolent se gausser de nos dalmatiques princières et ironiser sous nos chaires lambrissées ? Ah ! le drôle s'exclament-ils au seuil de l'attaque cérébrale.

Peu me chaut tout ce hourvari ! En effet, et je n'en ressens aucune gène, je suis un esprit libre, un électron sauvage et non-manipulable. Je lis le Monde Diplomatique et je n'appuie pas sur le bouton de TF1. C'est donc sans fausse pudeur que je vous livre mes plus cinglantes railleries aristophanesques. Donc, au-delà d'une origine plébéienne, malgré selon d'aucuns, une représentation effacée, commune, fade, mais heureusement libéré de vos chaînes féodales, de toute soumission hiérarchique et aliénante, voici mon provocant nomadisme intellectuel et, sans atermoiement aucun, les libertés d'une plume séditieuse, ayant comme unique souci de hanter vos cerveaux méphistophéliques et d'emplir vos nuits d'insomnies pathologiques.

Une plume aussi inconvenante que réprobatrice, et dont la hardiesse ne souffre d'aucune retenue, ose noircir d'une encre vitriolée la virginité de ces pages immaculées. Faisant fi de vos admonestations, transgressant votre horizon aussi indépassable que votre idéologie demeure inacceptable, par ma plume insoumise, voici décrites vos calomnies, dénoncées vos sournoises positions et dévoilées vos pires vilenies.

Souffrez donc à profusion cette synthèse incriminante, subissez ces fourches Caudines et méditez cette éventualité : et si la plèbe se réunissait, si le vulgum pecus, enfin informé et instruit, si les masses populaires non plus hagardes et décérébrées sous d'habiles harcèlements politico-médiatiques, mais enfin éveillées, unies et décidées se proposaient, au nom de la démocratie et au nom des droits élémentaires du peuple souverain, de vouloir vous demander des comptes ? En un mot, et si les gens de peu se concertaient et venaient briser la chape écrasante de votre hégémonie libérale ? Car vos actes irrémissibles constituent le ferment des atteintes aux droits de l'homme, des démocraties et mêmes, alors que par millions les gens subissent le "hors la vie" en venant en fin d'un parcours désaffiliant crever sur un bout de carton humide, misérable et ultime rempart d'une identité évaporée, un véritable génocide.

Ah ! le sacripant disiez-vous, en tentant de circonscrire cette lettre par d'ostentatoires haussements d'épaules, par des gloussements de coqs en pâte offusqués ou par des sourires de connivence saupoudrés d'extrêmes et piètres railleries. Soit !

Aux méprisables thuriféraires de la mondialisation, voici mes anathèmes irréfragables, sans souffrir d'absolutions cauteleuses. Et que m'importent autant de charlatanesques gesticulations, d'illusoires turlupinades et de factieuses suppliques que des histrions tels que vous, pétris d'irresponsabilité chronique et de condamnables méfaits, avez commis. Le peuple a soif de vie et, sous les arcanes de la Constitution, doit impérativement recouvrer sa souveraineté, sa dignité et sa liberté. Aujourd'hui frémit une prise de conscience salutaire. Demain les accapareurs, les positions de monopole et donc d'exclusion seront sanctionnées. Tremblez de vos crimes, oyez sourdre sur le pavé le pas décidé du peuple agité.

 

B.


 

Par Bernard - Publié dans : politico.usu.insolente
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Dimanche 15 octobre 2006

GHETTOÏSATION D’UNE SOCIETE

 

La société de surconsommation, ce terreau habilement structuré d’enrichissements éhontés en faveur d’une minorité, cette soif existentielle pour la masse grouillante, génère quantité de dysfonctionnements. Ceux-ci s’illustrent par toute une stratification catégorielle où se découvrent les drames les plus horribles. Notre bel Hexagone compte dans son sein 13 millions d’économiquement malheureux dont 7 millions de pauvres.

Cette frange de la population connaît les emplois précaires, les chômeurs, les Rmistes, les clochards et toute la gamme des « bas salaires ». Originellement, cette population trouve ses racines sur les lieux d’un habitat ghettoïque. Le chômage, une désolation minérale, un environnement bétonné et surpeuplé auquel s’ajoute une distorsion relationnelle (famille, faillite scolaire, irresponsabilités multiples…) ainsi que le tracé d’un avenir obscurci par une trop grande et trop certaine limitation vers l’évolution sociale. Des années de débats politico-politiciens, des mesures timorées et surtout éloignées des besoins réels et urgentissimes, un évident manque d’implication des élus (je-m’en-foutisme) à vouloir extirper ces populations de leur profonde détresse ne résolvent pas ce cancer social. A contrario, il devient politiquement structuré et entretenu.

 Malgré tout cette population consomme. Elle oriente ces choix vers des produits de moindre qualité, notamment hygiénique, alimentaire. De même, et pour ne citer que ceux-ci, elle évolue dans un environnement où se conjuguent l’inconfort de l’habitat, l’insécurité, l’inquiétude, une hygiène de vie minérale, là où l’œil ne croise que le béton froid, les barres disgracieuses, les tours écrasant la lumière, en fait, un espace de vie souvent inhumain.

 Autour de la capitale européenne, au sein d’une de ces cités-dortoirs, la cité Nucléaire de Cronenbourg voit s’entasser 10 000 personnes dans une ghettoïsation relevant de différentes volontés élitaires, économiques et politiques. Partagée entre petits boulots et salaires rarement valorisants, cette population s’échine au seuil de la survie et, pour les plus précarisés, dans la sous-vie.

Au-delà des travers comportementaux – économies parallèles et trafics en tout genre – mais aussi déshérence, désocialisation, sous-citoyenneté, chômage endémique (plus d’un tiers des jeunes sont concernés)[1], misère exponentielle, abandon de soi et non respect des règles communes de la société, scolarité en faillite, genèse d’un échec social et vacuité existentielle – la cité demeure néanmoins un terreau de richesses et d’échappées salutaires vers des horizons davantage innovants et structurants. L’un des pôles associatifs de rassemblement, l’Aquarium, aide les jeunes dans leur entreprise insertionnelle et de construction de soi, au travers de multiples activités physiques et ludiques, parascolaires, échanges culturels, regroupements festifs, animations diverses…

 
Voici un fourre-tout pictural que l’on identifie chez certain de ces jeunes.

 
I L’insertion.

 

Trouver un emploi est, malheureusement pour un grand nombre, devenu quasi impossible. Peu de culture, aucune compétence professionnelle, pas de qualification ; ceci brosse un portrait fidèle de ces désocialisés. En outre, issus de la misère (culturelle, matérielle, relationnelle), ces jeunes arborent des comportements souvent imbéciles. Un spectacle véhiculé à travers les médias qui se font le chantre de la bonne parole et de l’analyse facile. Voir les émissions poubelles d’une télévision sulfureuse, dont le contenu et les messages ne servent qu’à remplir les dépotoirs de la suffisance moraliste des animateurs égocentriques aussi mièvres que lamentables accrochés à leur micro et présentant un faciès lustré. Hélas, l’impact véhiculé par la starisation - souvent éphémère - l’argent facile et la société de l’image procèdent d’un machiavélisme organisé par le pouvoir politico-médiatique, mais également par le manque de distanciation d’une population consensuelle. Cette orientation prend sa source, semble-t-il, sur l’hypothèse selon laquelle les populations besogneuses présenteraient une lobotomisation généralisée. Alors que le vulgum pecus, en grande souffrance, n’aspire qu’à améliorer, peu s’en faut, une existence stratifiée dans le médiocre et le vulgaire.

Ces gens effacés, démunis de réflexions profondes sur les éléments essentiels d’une société élitaire structurée depuis la nuit des temps par des minorités au sommet de leurs potentialités intellectuelles, cognitives et capitalistiques, demeurent cantonnés dans l’assujettissement. Ils n’ont d’autres moyens que de suivre les orientations verticales, c'est-à-dire dictatoriales et iniques, d’une élite arrogante. D’ailleurs, pour la masse grégaire, qu’importent ses douloureuses lamentations, ses aspirations légitimes, une progression sociale à laquelle elle n’est pas invitée ; qu’elle travaille et qu’elle trépasse, doit-on penser en haut lieu.

Même si la pauvreté d’aujourd’hui n’est pas comparable à celle des siècles précédents, elle reste néanmoins intolérable et irrémissible. Cette survie est condamnable car organisée par l’ensemble des trusts financiers et des agioteurs, c'est-à-dire de la perversité et de la cruauté de certains mandarins au règne césariste. A cela il faut lier des gouvernants demeurés aux ordres des diktats imposés par ceux-là mêmes qui organisent une société souffreteuse face à une minorité monopolisatrice des richesses développées. Tout cela forme des lobbys internationaux gracieusement couvés par tous les gouvernements de quelque nature qu’ils soient. Ces forces en présence constituent une terrible dévastation pour le bas peuple. Quant aux jeunes des cités…

Peut-on comprendre leur haine, leur violence, leur dénie de toute la société conservatrice et réactionnaire aux changements structurels et salutaires ? Peut-on accepter leurs réseaux parallèles –drogues, prostitution et autres activités souterraines et délictueuses, plus que lucratives ? Au-delà de la répression qui, à ce stade, ne présente aucune morale – si ce n’est pour ne pas entacher les principaux fondements d’une société élitaire et, nécessairement, sectaire et ségrégationniste, on reste en droit de se demander à qui le crime sociétal profite. Le sectarisme des monopolistes des richesses matérielles, cognitives, intellectuelles et de tous les pouvoirs injonctifs, arbitraires, est à comparer à l’existence figée des jeunes sans avenir. Ces derniers se meuvent dans l’injustice, l’ostracisme régnant, le rejet et la non-reconnaissance. De plus, ils demeurent frontalement opposés aux diktats de l’impossibilité à pouvoir s’élever et à se structurer au sein de la société. Si ce n’est qu’à travers les petits boulots, les stages valises ou bien, pour les plus méritants, un CDI payé au Smic.

Nous sommes les témoins, dès lors, de jeunes stagnant dans la pauvreté, dans l’accoutumance aux désirs impossibles à acquérir, même au prix de drastiques sacrifices, à des luttes quotidiennes dans la douleur et le renoncement. Les quelques réussites rencontrées, souvent, s’opèrent dans les larmes et l’amertume. Ceux qui y trouvent un semblant de compte s’en contentent avec fatalisme. D’autres, non !

Le tissu associatif tente de créer des liens intergénérationnels et de canaliser les énergies, notamment celles des jeunes. Malgré de grandes dépenses d’ingéniosité et d’adaptation de la part des responsables de secteurs, ainsi que par la multiplication des contacts sportifs et culturels, les associations demeurent confrontées à d’énormes difficultés. Le manque de moyens humains et financiers, l’insuffisance de locaux répondant aux attentes des jeunes sont à ajouter au désintérêt des élus de quartiers qui, bouffis d’autosatisfaction aussi béate qu’indifférente, et seulement soucieux de la reconduite de leurs mandatures, ne répondent de leur présence qu’à des fins carriéristes.

De fait, les dérapages s’expriment, les dysfonctionnements s’accroissent et la rancœur des naufragés sociaux se poursuit. Cette population se stratifie dans la pauvreté et le désœuvrement. Comment s’étonner de sa non-participation citoyenne lors des élections notamment et, a contrario, de sa fuite vers le communautarisme et la méfiance de l’autre ? Ces gens rejettent les fondements d’une société qui, par principe, se déclare ouverte et intégrative, mais qui laisse fermer les portes de l’intégration.

Société du refus et du dénie, les dernières décennies ont favorisé une frange de la population de plus en plus importante pour qui la violence et le non-respect demeurent le seul véhicule comportemental et l’affirmation de soi. Inutile de dire que cette évocation de la haine s’abat sur des victimes innocentes qui n’en peuvent : agressions physiques, vols et vandalismes, économies souterraines… De plus l’émergence de bandes organisées, de facto davantage dangereuses et productrices dans leurs sombres desseins, pose de gros problèmes à ceux qui restent chargés de la sécurité. Le laxisme des différents gouvernements en matière d’intégration a largement contribué à cette envolée de la violence.

 

II Le rôle des parents.

En marge de la culture, décalés de la réalité par la non-maîtrise de la langue officielle du pays d’adoption et méconnaissant les règles et les coutumes de la société française, les adultes restent dans l’attentisme mais aussi dans une certaine déresponsabilisation de leur autorité parentale. On peut se demander si le pays d’accueil leur offre les outils nécessaires à comprendre et à pouvoir assumer leurs responsabilités sur le comportement imbécile de quelque jeunesse égarée et dangereuse. Mais comment faire l’impasse sur la peur imposée aux adultes par leur propre progéniture, celle qui, aujourd’hui, conquiert ses repères non pas auprès des parents soucieux de l’avenir, mais s’accomplit au milieu des copains, du collège, de la télé, de l’image. Une peur qui réside sur la multiplication de ces égarements, si violents, si soudains, si rageurs, si incontrôlables.

En effet, par une simple constatation, on peut s’apercevoir que la maîtrise du père de famille n’est plus aussi évidente qu’elle ne l’était il y a quelques années. Aujourd'hui, plus proches de la soixantaine, ces pères ne possèdent plus la combativité, la ténacité caractérielle qui les faisaient craindre de leurs enfants. A fortiori, totalement décalés face aux changements que connaît la société, ils demeurent désarmés et incapables d’assuré le contrôle comportemental des plus jeunes. Dès lors comment s’étonner du manque de repères, de respect de l’autre, lorsque le déficit d’éducation reste le socle de l’élévation des gamins. Et lorsque tout ce petit monde se retrouve dans le giron de l’éducation nationale, nécessairement, les dérapages, bien qu’inadmissibles, s’accroissent de façon inquiétante.

 

III Le rôle des médias.


A vouloir déifier le beau et le talent[2]composés, le super sexy, le super héros, le superflu, le clinquant dans une temporalité extra illusoire façonnée par les agioteurs de la pub et de l’image, une certaine presse s’autorise à nous montrer le chemin à choisir afin de rester en harmonie avec son temps. A moins de résister et d’apparaître comme étant un ringard, un arriéré ou un diminué neuronal, tant la pression des lobbies coexiste fortement, beaucoup de nos compatriotes s’inféodent et s’identifient à cette exigence comportementale. Aujourd'hui, nous vivons dans la paillette, nous succombons aux charmes patinés des animateurs de la télé qui, brillamment éclairés sous les sunlights, nous vantent une société conquérante et heureuse de vivre. C’est la société de l’image, de la mode éphémère et du paraître. Chaque soir, des millions d’Homo sapiens se prélassent confortablement affaler devant leurs téléviseurs, alors qu’un grand nombre d’entre eux connaissent une existence particulièrement difficile.

Car que dire de celui qui, très tôt le matin, se précipite sur les chemins de l’exploitation et du productivisme ! Que dire de ses conditions de travail d’une rare sinécure[3], que chacun peut mettre en exergue et comparées avec les royalties des stars de la planète image ! Où se niche la morale tant vantée par les ténors de l’ordre et du dirigisme élitaire ? Quel titre donner à un système social et une institution républicaine (la belle pute) aussi injustes, tellement discriminatoires et sacrificiels ? Un système qui, selon les comparaisons de valeur, n’est qu’une blessure béante et insultante pour les « ignorés » et les « perdants ».

Nous nous trouvons à ce jour face à une légitime équation. Le pouvoir rend-il ses bénéficiaires pourris et concussionnaires ? Ou bien, en regard de leur impéritie et de leur impuissance au changement évolutif du peuple souffreteux qui ne croit plus en rien ni en personne, posons la question de leur utilité, de leur légitimité. Au xx1e siècle, le pouvoir appartient à l’argent, aux monopoles des richesses, à ceux qui détiennent les capacités d’exploitation contraire aux droits de l’homme d’une démocratie qui, d’un bout du pied écrasant, en vante les vertus. Nous constatons que le discours des dames patronnesses de la morale souveraine en manque totalement. Vous avez dit éthique, noblesse de l’espèce humaine ! Vous avez entendu parler de la dignité de la fonction d’Etat, de sa rectitude et de sa grandeur !

A l’évidence, comme n’importe quelle société animalière, les hommes doivent se circonscrire et trouver leur épanouissement en se référant à un code, à une structure sociale commune et intégrative pour chacune de ses composantes. Hélas, les dérapages demeurent nombreux. Ils restent le ferment d’une sous-société. Sa dénégation utilisée par le profit entraîne la culture même de la pauvreté et de l’écartement à la jouissance matérielle et existentielle. Ceci perdurera tant que le système économique permettra que la richesse développée par la majorité vienne dormir dans les coffres d’une minorité.

 Devant toutes ces problématiques difficiles, le SCS de l’Aquarium tente, avec de faibles moyens, de composer pour les jeunes des pôles d’intérêts innovants et fédérateurs. Depuis dix années déjà, et bien que très encourageants, les résultats restent en dessous des espérances des animateurs. Ces derniers font preuve de beaucoup d’imagination et de dévouement face aux défaillances rencontrées, notamment en regards des moyens financiers trop peu encouragés par la Région. Pourtant les résultats sont probants, flatteurs, même si d’autres impératifs restent en attente parfois insupportable. Quant à la reconnaissance et au mérite des différents acteurs animés autour du responsable de l’Aquarium, elle devrait davantage figurer dans les dossiers d’une administration communale vitriolée de condescendance ou de suffisance. La question est de savoir à quel niveau de responsabilité administrative l’intérêt décroît ? Où commencent le mépris et la déconsidération ? Et, in fine, comment s’opèrent les choix d’une majorité électorale ? Pour quel public ? Pour quelle empathie ? Au fait, quelles sont les catégories sociales qui se désintéressent le plus des élections ? Poser la question, n’est-ce pas y répondre, même lapidairement ?

Tous les SCS rencontrent les pires difficultés de fonctionnement. Aussi sommairement, cette analyse met en relief deux points. Les CSC doivent jouer un rôle qui n’aurait pas lieu d’être si la démocratie avait un sens pour tous. De plus, ils doivent composer en fonction des faisabilités du moment ainsi que des évènements circonstanciels.

Ils ont en charge de minimiser les attentes des uns et des autres par des solutions trop éloignées des espérances. Malgré ses imperfections, dues en grande partie au peu de considération et donc de moyens que leur apportent les élus, les Centres socioculturels offrent aux désocialisés qui fréquentent leurs espaces des changements notoires[4]. En effet, les centres permettent aux jeunes, notamment, une grande prise de conscience. Cela inclut une recherche de soi, un retour ou une découverte de la confiance afin de l’exploiter, la création de nouveaux repères et les échéanciers selon les visées possibles des uns et des autres. De plus, les jeunes s’ouvrent vers des horizons structurants par l’accès aux savoirs divers enseignés par les animateurs, (l’aide aux devoirs par exemple), en dégageant des perspectives innovantes. Enfin, les jeunes affinent leurs connaissances basiques par une mise en condition empirique. Ils se confrontent sur certaines certitudes, échouent sur quelques échecs acceptés en les transformant en tremplins vers de futures réussites. Au milieu de ces attraits, les échanges pluridisciplinaires confortent les sympathisants vers un renforcement des valeurs morales et relationnelles.

 
IV La légitimité des acteurs sociaux.

Depuis une trentaine d’années, la société française a vu fleurir les CSC. L’État, la Région et les collectivités locales ont mis en place une politique d’accompagnement et de soutien pour les populations à problèmes multiformes. Les associations se sont regroupées autour de cette politique d’occupation et ont contribué largement à leur légitimité fonctionnelle. Ces associations réalisent un travail remarquable dans de vastes domaines qui englobent la qualité de vie des habitants de ces quartiers à problèmes variés. Que se soit en termes de qualité de l’habitat, d’aide à la recherche d’emploi, de socialisation ou de respect de l’autre et de l’environnement. Enfin, les associations autorisent et favorisent toutes les formes de contacts salutaires et multiculturels qui aident à sortir les habitants du quartier, cet espace de vie ghettoïque.

Les difficultés, là encore, demeurent diverses, mais sans doute que la plus importante reste l’absence de culture parentale (relations intergénérationnelles). Nous pouvons penser que le temps impulsera un intérêt commun en faveur des améliorations nécessaires.

Au-delà d’efforts méritoires déployés par les acteurs sociaux, il demeure toutefois regrettable de constater le déséquilibre professionnel et le déficit raisonné présentés par certains des éducateurs. Car il n’est pas rare d’assister aux incompétences, aux irresponsabilités ou au je-m’en-foutisme primaire que d’aucuns démontrent à longueur de temps. Heureusement minoritaires, ces attitudes sont cependant condamnables et devraient être combattues. Avant de se prévaloir de vertus et de compétences éducatives, un minimum d’exemplarité de valeurs morales serait une garantie de la crédibilité de chacun des éducateurs concernés[5].

Néanmoins on ne remerciera jamais assez le travail remarquable, le dévouement, le sens de l’écoute et la pertinence de ceux qui consacrent tous leurs talents à faire en sorte que les choses bougent positivement pour les jeunes.


V Les dysfonctionnements.

La finance reste la pierre angulaire de la structure et du fonctionnement de la société. Il apparaît donc des dysfonctionnements dus en grande partie aux coûts exorbitants que requièrent les politiques dites sociales. Les moyens mis en place par les collectivités locales et nationales demeurent très souvent insuffisants et les responsables des CSC doivent composer par ajustements et compromis. Parfois douteux, mais obligatoires, des choix drastiques doivent s’opérer. Ils se traduisent par des attentes insupportables, des remises en cause de projets pourtant préétablis. Malheureusement, les dispositifs mis en avant constituent, tels des cautères sur une jambe de bois, des pis-aller rarement satisfaisants, et pour les usagers des centres, et pour les équipes chargées de leur exploitation. Les solutions proposées sont constamment frappés sous le sceau du système D et de l’à-peu-près, et, conséquemment, procèdent au malaise pour l’ensemble des animateurs et des usagers. D’autant que, et nous pouvons aisément le remarquer sur le terrain, les enveloppes budgétaires tirent à la baisse, lorsque, tout simplement, elles ne sont pas supprimées. Malgré tout, les centres réussissent, à force d’abnégation et de volonté, à contenir les impatiences et les déficits de satisfaction. Les efforts déployés par les équipes responsables sont rarement, sinon jamais, payés en retour, ni par les pouvoirs publics ni par les usagers eux-mêmes. Quant aux parents ![6]

 
Aussi simple et succincte soit-elle, cette étude repose sur un constat établi au bout de plusieurs mois d’observation. Au-delà de sa pertinence, ou de son impertinence, elle n’a d’autre ambition que de coller à une réalité, que d’aucuns[7] tentent de camoufler, ou en tout cas de minimiser par des discours circonstanciés et convenus, à savoir la vie difficile et misérabiliste de cette frange de la population. Une population écartée des chemins de la réussite et stratifiée dans la désillusion.

 

Bernard. Février 2006



[1] Selon certaines sources parues dans les DNA, la cité Nucléaire compte de 35 à 40% de chômeurs, tandis que 20% des ménages bénéficient des minima sociaux. Ces chiffres donnent une idée de l’ampleur de la fracture sociale qu’un certain Chirac promis de combattre lors de son investiture au plus haut sommet de l’Etat en 2002.

Nous rappelons, pour les âmes bien-pensantes, que le RMI est de l’ordre de 433,06 € à partir du 1er janvier 2006, alors que le SMIC s’élève à 8,03€/h, c'est-à-dire à 1217,88€ brut par mois pour 35h/semaine.

[2] Notre société de l’image, c'est-à-dire modale et donc basée sur une existence surfaite, ne reconnaît que le strass, la vanité et l’illusoire. Elle méprise en cela la profondeur d’âme et l’idiosyncrasie de chacun, tout en louant une starisation écœurante et insultante pour le commun des mortels. Cette image médiatique, notamment télévisuelle, demeure très irréaliste et s’éloigne de la naturalité du genre humain dans ce qu’il a de plus authentique et de plus profond.

[3] Il est tout à fait sidérant d’entendre des millions de personnes claironner sur l’air des lampions « j’aime mon travail ». Que certaines catégories socioprofessionnelles soient satisfaites des emplois tenus, cela reste admissible. Qu’en est-il de ces millions de travailleurs qui connaissent la salissure, le bruit, la fatigue, les pourboires en guise de salaires, la répétitivité et l’impression de n’avoir d’autre utilité que le productivisme ?

[4] Les usagers auxquels s’adressent les activités des CSC, ont les possibilités de développer leurs potentialités physiques, psychologiques, idéelles (créativité), de partager avec autrui (échange). En outre, ils ont la faculté de démontrer par de nouveaux acquis devenus exploitables la richesse d’une population marginalisée et contrainte à la précarité (reconnaissance sociale). Enfin, la créativité des résidents doit leur permettre de prendre pleinement possession de leur espace de vie, en multipliant les animations et en renforçant les liens relationnels (auto inclusion de chacun).

[5] Le terme éducateur demeure souvent agaçant et surfait. Ceux qui s’en prévalent devraient, à notre sens, s’imprégner non seulement des compétences apodictiques que requièrent ces professions d’assistances, mais également être en mesure de démontrer des dispositions de distanciation, de sagesse, d’écoute… Ce n’est pas simplement un vague diplôme obtenu avec une relative facilité qui, même obligatoire – c’est un minimum – offre toutes les garanties exigées de probité intellectuelle et de rectitude d’esprit.

[6] Selon certains constats, il semble qu’une partie des parents coule des heures quiètes dues à l’absence des enfants et des jeunes. Ils se déchargent de leur responsabilité en s’appuyant sur les nombreuses activités multiculturelles et ludiques dont se préoccupent les CSC. On peut légitimement s’interroger sur la maturité et la responsabilité de ces personnes. Mais, à leur décharge, il faut avouer les nombreuses difficultés que rencontrent ces dernières, notamment en ce qui concerne les mécanismes et la culture d’une société qui n’est pas la leur.

[7] On ne dénoncera jamais assez l’absence ou l’incurie d’un nombre conséquent de responsables politiques qui ignorent, sans doute, les raisons pour lesquelles ils se sont fait élire.

Par Bernard - Publié dans : politico.usu.insolente
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Dimanche 15 octobre 2006

Lettre ouverte d'un plané (t'as rien)

 

Soudain, comme un cri dans la plaine rase où régnait l'équanimité, retentit cette phrase injurieuse : « La démocratie n'est qu'illusion pour le peuple ». D'abord interdits, ébaubis, interloqués, puis courroucés, furieux et véhéments, tous les responsables politiques, les décideurs financiers, tous ceux qui se prévalaient de quelque prépondérance, de quelque particularité ou de quelconque autorité s'en vinrent, à l'aune d'une bestiale férocité, crier haro sur l'hérésiarque. Tel un annal mascaret remontant au galop le fleuve de l'agitation, des millions de poitrines soulevèrent l'ire, véhiculèrent la vindicte populaire et fustigèrent la calomnieuse accusation. Déjà le gibet fut dressé, des tribunaux apparurent dans chaque bourg. Les relais médiatiques dénoncèrent, sur tous les tons, l'apostasie et blâmèrent le sacrilège. La une des quotidiens épanchait sa soif de protection d'une encre vitriolée. La riposte était vive contre le blasphème. Partout des chapelles ardentes, recueillies dans l'oraison jaculatoire, s'illuminaient sous la lueur de mille cierges. Jusqu'au sommet de la chaire s'élevaient complaintes et litanies, et, tel un formidable séisme protestataire, l'ensemble des démocrates jurèrent solennellement, la main droite scotchée sur le myocarde, de tout mettre en œuvre afin de châtier sans rémission l'infamie.

Déjà la maréchaussée investit toutes les voies d'accès ; des barrages rassurants essaimèrent les routes, les contrôles d'une police zélée se multiplièrent ; enfin, l'armée se déploya en de judicieuses stratégies. Au fond de ce tumulte tonitruant et galopant, s'en vinrent sourdre, des travées de l'Assemblée, imprécations et hourvaris. Même le Sénat s'éveilla de sa langueur habituelle. C'est ainsi que notre pays connut, ce matin-là, une extraordinaire réunion mêlant Président, Députés, Décideurs économiques et leurs millions de thuriféraires apparentés, actionnaires et dociles.

Séance tenante, la décision de contrer l'imbécile phrase par une indéfectible sentence, la farouche volonté de désavouer l'incivique félon, furent convenues, après d'âpres vomissements sacraux, de terribles représailles. La République, garante des lois, annonça sa volonté de ne point faillir à ses nobles tâches ni à ses hautes fonctions. Au même instant, les villes, noircies de marées humaines, grondaient sous le pas revanchard et précipité de millions de manifestants. Dès lors, l'arsenal répressif se montra tellement large, si comminatoire, si péremptoire, que l'accusé en trembla de tous ses membres. En effet, les recherches aboutirent rapidement et l'hétérodoxe fut pris et aussitôt traduit devant la Haute Cour Suprême, fermement enferré au milieu d'une double rangée de gendarmes aux mines patibulaires, prêts à toute éventuelle rébellion.

L'acte d'accusation demeurait, ici-bas, intraduisible tant fusèrent les imprécations, résonnèrent les poursuites et tonnèrent les dénonciations d'une société salie dans son honorabilité. La justice, particulièrement inquisitoriale, ne concéda nulle clémence, pas plus que de circonstances atténuantes. Inflexible, le glaive s'abattit sur le profanateur, coupable d'insulte publique contre les fondements de la noble démocratie française. Mais, dans un souci d'équité, et comme dans tout tribunal aux accents théâtralistes, un avocat commis d'office tentait, le regard bas et le profil adapté à la tragédie, d'émettre quelques suppliques incantatoires. La joute oratoire, tels des assauts d'épéistes chevronnés ferraillant avec une extrême vigueur, débuta par le Procureur chargé d'effacer l'irrémissible sacrilège.

– Vengeance, telle est la sentence envers le scélérat.

– Messieurs, fit timidement le défenseur de l'impossible succès, que la Cour veuille-bien m'ouïr. Mon client regrette les propos séditieux et injurieux qu'il manifesta tantôt.

A ces mots repentants, l'accusé branla du chef comme pour dire non. Alors l'enceinte du tribunal trépida sous le chahut, vibra sous les admonitions et trémula des voix offusquées, des vociférations hurlantes et imprécatoires. C'est alors que contraire à toutes les supputations et autres manœuvres avocassières, le défenseur se mua en conscience complice, prêtant foi à l'abjuration contre la partie civile. Mais que d'obstacles difficultueux eut-il à franchir pour organiser une riposte langagière, elle-même qualifiée d'hérétique.

– Mon client a prononcé des mots qui ont dépassé sa pensée, lança-t-il, le regard soudain éclairé de véritable justice.

– Non, non ! Sus à l'imposteur, s'écrièrent en chœur les représentants de l'Etat, mortifiés dans leur honneur. Que celui qui salit l'idéal démocratique subisse le pire des châtiments! Non, nous ne pouvons tolérer l'insulte souveraine qui consiste à outrager le pays des Droits de l'homme, cette terre édénique offrant à ses enfants la liberté, la reconnaissance individuelle et un rôle de citoyen.

– Messieurs, je vous en prie, persifla l'homme en noir, à présent combatif, avec de larges effets de manche. Permettez-moi de vous poser cette inadéquation.

 Aussitôt, voulant couper la parole du drôle, les vitupérations reprirent de plus belle, le brouhaha augmenta et le Président, sans doute dans un souci de conscientisation, joua du maillet afin de rétablir le silence et, ainsi, redonna le verbe au défenseur de plus en plus canaille. Ce dernier en usa en ces termes troublants :

– Messieurs de la Haute Cour Suprême, comment un individu matériellement démuni,  déchu de ses droits à la vie, à laquelle pourtant il est advenu, supposé inutile au monde économique par son inemployabilité, son inadaptabilité au marché et présentant un bilan d'incompétences notoires, complètement inexploitable, peut faire valoir ses droits d'homme ; à savoir le respect, la dignité, la reconnaissance et la liberté ? Comment cet homme effacé, réduit à rien, écrasé par une économie de marché phagocytaire du tissu social doit-il se conduire, tandis que l'anéantissent mille fardeaux ? Pourquoi culpabiliser ce malheureux honni de la société bien-pensante, excluante, mais également d'une société de consommation saupoudrée de velléité du partage, de vouloir exprimer son désarroi, sa souffrance, sa colère ? Oui, pourquoi ? fit l'avocat d'une voix maintenant ferme et décidée, qui s'amplifia sous les micros tendus des médias.

Soudain, le temps sembla s'arrêter. La plaidoirie de l'apôtre s'écoula de haut-parleurs disposés partout autour du pays. Les citoyens cessèrent leurs activités et se concentrèrent totalement à l'écoute de l'offensante diatribe dirigée contre l'ordre établi, accusatrice d’une hiérarchie renégate, corrompue et immorale, qui se répercuta dans l'esprit du grand auditorat. Les oreilles des humiliés de la vie se prêtèrent diligemment aux objurgations et aux envolées oratoires du défenseur. A l'inverse, les maîtres planétaires, convaincus de leurs bons droits à la prépondérance, à leur supériorité élitaire et à leurs métiers régaliens à faire plier la populace sous le joug de l'admonestation, du commandement arbitraire et du servage, s'exprimèrent de la sorte :

– En effet, nous officions dans l'art d'accompagner le progrès humain. Nos compétences de grands responsables doivent se monnayer le plus largement possible par rapport à la loi d'airain du petit salariat. Il est fondamental de détenir l'entière richesse acquise et produite, moins les quelques misérables miettes que, dans une préoccupation de partage, nous condescendons à octroyer au vulgum pecus. Le mérite se paye. Quant à la plèbe, son fatum est de nous servir et de s'inféoder à nos pratiques. Ce n'est qu'un pauvre matériau dont nous avons le choix de disposer à notre convenance.

A ces mots venimeux, et malgré les applaudissements et les cris de joie des féaux, l'avocat, droit comme un i, prononça d'un ton sentencieux cette méphistophélique réplique :

– Voilà, messieurs, votre terrifiante usurpation. Si nous étions en démocratie, chacun des résidents bénéficierait d'un droit d'espérer, d'un droit au bien-être, d'un droit à l'existence, et nul ne saurait subir l'exclusion, l'ostracisme, le bannissement. Dans cet idéal politique, les écarts se réduiraient, les inégalités s'aplaniraient, la justice pour tous triompherait. Un véritable Etat démocratique combattrait l'hydre de l'ultralibéralisme, lutterait contre le travail contraignant, répétitif et abrutissant. Cet Etat proscrirait la fabrication de laborieux, d'impécunieux, d'une population de la scoliose et de la précarité. Il pourfendrait les hérauts et les messagers de la classification humiliante d'une société intolérante, spéculatrice, monopoliste, il offrirait à tout un chacun les possibilités de se réaliser aux travers de leurs propres inclinations.
        En réalité, Messieurs de la Haute Cour Suprême, Monsieur le Président, Messieurs les Ministres, Messieurs les Députés, à vous tous les Elus d'une République à la pâle démocratie, les Décideurs du monopoly mondial, les Chefs d'entreprise, les Banquiers, les Agioteurs, les Affairistes, les Boursicoteurs et tous Ceux qui ont quelque chose à dire, en effet, à vous Tous qui désirez protéger et accroître vos privilèges, votre foi de vouloir paraître supérieur, sachez que le peuple avili par le travail ignominieux, car unique ressource de ses besoins primaires, conteste cet emprisonnement. Les gouvernants, soucieux de conserver splendeur, renommée et, là aussi, privilèges, n'ont d'autres recours que de poursuivre, avec une diabolique habileté et de sages accommodements électoralistes, par l’usage du mensonge et de l'hypocrite politiquement correct, leurs douteuses intrigues. Quant aux gens de peu, ils demeurent imbéciles, minus habens. Ils représentent une population envahie d'ignorance concernant les droits inscrits dans la Constitution. C'est à dire les droits à la considération, à la liberté ! Ceci, à l'évidence, ne peut se produire que par l'adoption d'une équitable répartition des richesses, ainsi que par l'éradication de l'esclavage moderne. Je le déplore, que dis-je, je le dénonce Messieurs, mais votre « grandeur » repose sur le renoncement et le fatalisme de cette partie importante du peuple. Car, tel un animal de compagnie atteint d'atavisme primaire, le besogneux manifeste un joyeux goût à la dépendance, une satisfaisante béatitude à son assujettissement. Il est vrai que le portable a remplacé le pain. Cette frange-là reste entièrement anesthésiée, voire décérébrée.
Il n'en est pas moins vrai que votre société marchande, irrespirable et césariste fabrique le conflit, dénature l'homme, par le soin qu'il apporte à la préservation de ses seuls intérêts. Permettez-moi de souligner mes propos dissonants par cette dénonciation rousseauiste : "C'est ainsi que nous trouvons notre avantage dans le préjudice de nos semblables, et que la perte de l'un fait presque toujours la prospérité de l'autre". Le système économique actuel fait que le tort porté aux autres est davantage lucratif que le partage, l'éclosion d'une communauté unie, fraternelle, homogène dans le bien-être. Les clivages imposés par vos soins conduisent à l'aveugle violence, à l'insécurité urbaine, à l'anomie dans les banlieues. C'est cela votre coupable irresponsabilité que mon client met en avant.

A ces mots outrageants, rebelles, le Président et sa cour firent taire le pamphlet. L'accusé fut conduit par les gendarmes en un lieu tenu secret, tandis que l'avocat se retrouva radié du barreau et cloué au frontispice de la vilenie. Chacun pour crimes et offenses commis contre les institutions républicaines ! Puis tout rentra dans l’ordre, le système et ses dysfonctionnements se poursuivirent à l'aube du troisième millénaire. La force resta aux mains de la loi des bourgeois, et les deux tiers des français s'embrassèrent, retrouvant le bonheur, l'équanimité. Ouf, soufflèrent-ils, nous devons respecter la tradition des classes.

Les autres ? A question stupide, réponse identique. « A vous les gueux modernes, parasites existentiels, la démocratie n'a que faire de vos misérables lamentations. Que l'opprobre s'abatte sur vos épaules et souffrez de notre ultime désaveu ». Voici, en gros, le libellé qui clôtura le bénéfique procès.

Au-delà de cette fable, des millions de gens comprirent que, pour leurs yeux éplorés, la démocratie n'est qu'un vœu pieu, une grande illusion.

                                                                                                                                                     Bernard

Par Bernard.c33@free.fr - Publié dans : politico.usu.insolente
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